Khovanchtchina de Moussorgsky

Khovanchtchina (russe : l’Affaire Khovansky, avec une nuance péjorative). Opéra (« Drame musical populaire ») en 5 actes de Moussorgsky; livret du compositeur et de Stassov, d’après les chroniques de l’époque. Composition 1872-80 (complet, sauf l’extrême fin des 2° et 5° actes, mais non orchestré); arrangement de Rimsky-Korsakov (suppression d’un quart de l’œuvre, harmonisation totalement modifiée, tessitures modifiée, airs transposés jusqu’à une quarte, etc.) créé à St Pétersbourg, T. Kononov 21-2-1886, dirigé par Goldstein; rejoué le 8-11-1893 avec la troupe privée de la Société Russe d’Opera ; Moscou l897, troupe privée, av. Bedelevitch, Seliouk, Chaliapine, Karkline, Sokolov, Inozemtzev, Antonova, direction Esposito; Moscou, théâtre Zimine. 1910 avec Petrova-Zvantseva, Zaporojetz, Sekar-Rodjansky, Petrov, Cheveliev, direction Palitzyne; 1ère grande présentation publique, St-Pétersbourg, Marinsky, le 7-1 1-1911 avec Zbrujeva, Ershov, Labinsky, P. Andreiev, Chaliapine, Charonov, direction A. Contes; 1ère hors Russie, Paris, Champs-Elysées le 5-6-1913 avec Petrenko, Brian, Zaporojetz, Chaliapine, Andreiev, Damaiev, Bolchakov, direction E. Cooper; Londres, Drury Lane le 1-7-1913 (id.); Paris Opéra (traduction française d’Harcourt) 13-4-1923 avec Charny, Laval, Huberty, Journet, Duclos, Goffin, direction Koussevitzky.

La véritable partition de l’auteur (la plus ordonnée, chaque page étant datée), dont Ravel et Stravinsky avaient entrepris l‘orchestration en 1913 (sans mener à terme leur tâche), a été publiée en 1931, puis orchestrée par Chostakovitch avec un respect quasi absolu de l‘original (Leningrad, 1960): c’est cette version qui est désormais la plus fréquemment jouée, not. Paris Champs-Elysées le 27/29-4-1966 avec Afeian/Gaeva, Jivkova, Charkova, Petkov, Ghiuselev, Bodourov, Selimsky, L. Mikhailov, Paounov, direction A. Margaritov; Rome, Radio 1-11-1973 avec Cossotto, Sighele, Ghiaurov, Siepi, Spiess, Nimsgern, direction Leskovic.


KHOVANSHCHINA de Modest Petrovich Moussorgski / © Alla Scala

A Moscou, 1682-89.

ACTE l. Le boyard Chaklovity (bar) dicte à l’écrivain public (t) une dénonciation contre les complots des princes Khovansky. Le peuple menace de détruire la baraque du scribe s’il ne lit à tous l’ukase dénonçant précisément les exactions de ces princes. Ivan Khovansky (b) apparaît, acclamé à Ia tête des Streltzy (une caste militaire jalouse de ses privilèges). Son fils Andrei (t) poursuit une jeune allemande, Emma (sop), que protège Marfa (contr) l’ancienne amante d’Andrei. Dossifei (b), chef religieux de la secte des « Vieux Croyants », prêche la foi et prend sous sa garde Emma.

Acte II. Le prince Golytsine (t) lit une lettre de la régente Sophie, sa maîtresse, et refuse au pasteur allemand la construction d’une église neuve. Marfa, qui est devineresse, lui annonce la ruine et l’exil (« Prédictions de Marfa »), et Golytsine tente de la faire noyer. Une violente dispute oppose Khovansky ct Golytsine, dont les idées progressistes tendent à anéantir la vieille foi. Dossifei survient et s’efforce de les calmer. Marfa, sauvée de la noyade par des gardes, fait irruption. On apprend la décision de la régente de poursuivre les Khovansky pour complot.

ACTE III. Dans le quartier allemand, les Streltzy chantent un hymne. Marfa, dans une « ballade » (Ia seule page orchestrée par Moussorgsky). évoque ses amours passées avec Andrei, mais Dossifei I’exhorte à attendre l’heure de Ia purification, encore à venir. Les femmes se plaignent de la débauche des Streltzy; on annonce des massacres suscités par les Petrovsky (le futur Pierre le Grand et ses partisans). Les Streltzy sont prêts à lancer une contre-attaque, mais Ivan Khovansky conseille la soumission.

ACTE IV. Malgré les menaces pesant sur lui, Khovansky donne une fête (Danses persanes). Chaklovity lui porte une invitation de la régente. A sa sortie, Khovansky est assassiné. Sur une place, Golytsine prend le chemin de l’exil ; Andrei reproche à Marfa l’enlèvement d’Emma; apprenant le meurtre de son père, il voudrait faire appel aux Streltzy, mais ceux-ci défilent en portant Ia hache et le billot de leur propre supplice. On apprend que Pierre les a graciés.

ACTE V. Se sachant condamnés, les Raskolnikis (Vieux Croyants) préparent leur bûcher. Dossifei médite superbement sur leur gloire posthume. Marfa confesse sa coupable passion charnelle, puis convainc Andrei de rejoindre le bûcher purificateur. Les fidèles, vêtus de blanc, y montent en procession, et Marfa allume le bûcher. On entend au loin l’arrivée des troupes de Pierre 1er. (N.B. Moussorgsky n’a qu’esquissé la conclusion; il semble qu’il n’ait pas songé à faire entrer en scène les troupes victorieuses.)


Dans sa version authentique (l‘arrangement de Rimsky-Korsakov ne peut donner qu’une idée absolument faussée de l’œuvre), cet opéra est sans doute le véritable testament musical de Moussorgsky, mais, pratiquement dépourvu d’intrigue, il n’a pu connaître le succès de Boris. Assez étrangement, Moussorgsky, par sa musique, semble témoigner de sa sympathie pour les Vieux Croyants incarnés superbement en la figure de Dossifei, l’un des grands rôles du répertoire de basse.

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